Grèce : le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis en voie d’« orbanisation » rapide

Le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis dans les les bras du principal oligarque du pays Vangelis Marinakis et entouré de popes orthodoxes

Au sein de l’Union européenne existent aujourd’hui des états qui peuvent être qualifiés de « démocraties illibérales », c’est-à-dire des régimes où le multipartisme est réel et les élections sont libres mais où la séparation des pouvoirs, l’État de droit et le pluralisme médiatique sont extrêmement faibles.

Ces régimes sont également népotistes, nationalistes, xénophobes et gangrenés pas la corruption. La Hongrie de Viktor Orban est l’archétype de ce type de régime auquel on associe généralement la Pologne dirigée depuis 2015 par les conservateurs catholiques. Malheureusement, depuis l’arrivée de la droite au pouvoir il y a un an, un autre pays de l’UE semble être en voie d’« orbanisation » accélérée : la Grèce.

En juillet 2019 le parti de la Nouvelle démocratie, dirigé par Kyriakos Mitsotakis, a gagné les élections législatives face au Syriza d’Alexis Tsipras. Son arrivée au pouvoir s’est faite sous les oripeaux de la modernité, du libéralisme et de la supposée opposition au populisme de la gauche. Néanmoins, le vers était déjà dans le fruit.

Kyriakos Mitsotakis lui-même est l’héritier d’une véritable dynastie politique et un pur produit de cette tradition népotiste, constitutive de la vie politique grecque. Son parti, la Nouvelle démocratie, contrairement à ce que son nom indique, est profondément intégré dans le système de pouvoir corrompu qui contrôle l’essentiel de ressources de ce petit pays. En outre Mitsotakis s’est appuyé sur l’aile droitière et nationaliste du parti pour gagner le leadership. Il lui est donc redevable.

La politique de ce gouvernement en matière économique consiste donc essentiellement en la dilapidation des ressources publiques, teintée de favoritisme. C’est ainsi que, pendant la période de confinement, plusieurs ministères ont multiplié les attributions directes de marchés publics sans appel d’offre sous prétexte de l’urgence pandémique.

L’une de ces attributions de 80 millions d’euros à six sociétés pour mettre en place des formations en ligne pour les jeunes professionnels a créé un énorme scandale en raison de la qualité lamentable des supports proposés, obligeant le ministre du travail à l’annuler.  

De la même façon, le gouvernement a décidé de dépenser 20 millions d’euros en achat d’espace publicitaire dans les médias pour diffuser sa campagne contre le Covid-19. Cela alors que la loi oblige déjà les médias de diffuser des messages d’intérêt général gratuitement !

La liste des médias bénéficiaires a révélé qu’aucun critère objectif d’audience n’a été pris en compte dans l’attribution des sommes. Ainsi, l’ensemble des médias d’opposition ont reçu 1% du budget. Parmi les bénéficiaires on trouve des sites inexistants, des blogs de célébrités et des journaux inconnus dont le seul point commun est d’être de soutiens du gouvernement.

Et ceci alors que Mitsotakis bénéficie déjà de l’appui inconditionnel des principaux oligarques grecs qui contrôlent l’essentiel des médias, comme Vangelis Marinakis, l’un des principaux soutiens de la Nouvelle démocratie.

Issu d’une famille d’armateurs, ce dernier est le propriétaire de l’équipe de football la plus populaire du pays, l’Olympiakos, et contrôle plusieurs journaux, radios et chaînes de télévision. Il est aussi mis en examen dans plusieurs affaires, dont l’une impliquant le trafic international de deux tonnes d’héroïne et plusieurs assassinats non-élucidés.

En matière d’éducation, pendant le confinement, la ministre Niki Kerameos a annoncé la mise en place de caméras dans les écoles pour la diffusion obligatoire et en direct des cours en ligne, sans se soucier des infractions au droit à l’image et à la protection des données personnelles des professeurs et des élevés – avant de se rétracter.

Depuis sa prise de fonction elle poursuit également avec zèle la diminution des volumes horaires des enseignements perçus comme étant de « gauche » comme la sociologie et l’éducation artistique, en faveur des cours de religion.

En matière d’écologie, une nouvelle loi favorise l’exploitation sans limites des ressources naturelles (plages, forets, mines etc.) et ne définit aucune politique cohérente pour combattre le réchauffement climatique mais aussi la pollution, un problème très aigu en Grèce.

En matière de justice les membres du gouvernement n’hésitent pas à vilipender en public des juges qui mènent des investigations gênantes pour eux, au point même que le ministre du développement Adonis Georgiadis, un transfuge de l’extrême droite, menace directement d’emprisonnement la procureure anti-corruption Eleni Touloupaki.

Ce mépris pour les normes démocratiques et pour les droits de l’homme se manifeste également dans le traitement inhumain des réfugiés. Récemment, lors de la crise à la frontière nord avec la Turquie les militaires grecs ont tiré sur des migrants et ont probablement tués plusieurs d’entre eux comme l’ont montré les investigations journalistiques.

La réponse du gouvernement était qu’il s’agissait de « fake news ». Même attitude lorsque les ministres grecs ont été sommés de répondre au Parlement européen concernant le refoulement sauvage en pleine mer par les gardes côtes grecs d’embarcations de fortune pleines de réfugiés ou par rapport à la situation tragique des milliers de demandeurs d’asile coincés dans des camps sur les îles de la mer Egée.

Dans le même temps la police grecque est en roue libre : on ne compte plus les personnes humiliées lors des contrôles injustifiés, obligées de se dévêtir en pleine rue, retenues sans raison, rouées de coups et même menacées de mort ou de viol.

Cette politique autoritaire qui donne tous les droits à la police vient d’être officialisée par le vote d’une loi scélérate limitant dangereusement le droit constitutionnel de se rassembler et de manifester dans l’espace public.

Avec cette loi le gouvernement grec semble se préparer à réprimer les mobilisations sociales qui risquent d’exploser en raison de la crise économique et sociale très violente qui va s’abattre sur la Grèce suite à la pandémie.

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