L'Europe dans la crise et crise de l'Europe – le cas de la Grèce

Το παρακάτω είναι το κείμενο της παρέμβασης μου στη συζήτηση με τίτλο L’Europe dans la crise et crise de l’Europe που διοργανώθηκε από το GREP Midi-Pyrénées, στη Balma στις 15 Δεκεμβρίου 2010. Κύριος ομιλητής ήταν ο οικονομολόγος François Morin. Συμμετέιχαν επίσης οι Georges Zachariou και Michel Vinuesa.

Le mardi 14 décembre 2010, après un débat houleux, le Parlement grec a adopté le projet de loi sur les mesures d’urgence qui parachèvent le programme d’austérité du gouvernement socialiste, imposé par la Troïka (FMI, UE, BCE).

Ce projet de loi voté en urgence comprend, entre autres, l’augmentation supplémentaire de la TVA ; la possibilité pour les entreprises de passer outre les conventions collectives sectorielles dans les négociations avec les salariés (ce qui de fait permettra les baisses de salaire et les licenciements à grande échelle) ; et des coupes supplémentairement de l’ordre de 10% dans les salaires du secteur public et semi-public.

Le lendemain, mercredi 15 décembre, à l’appel des principaux syndicats du pays, les salariés du public et du privée ont participé à une grève générale ainsi qu’à une Nième manifestation massive dans les rues d’Athènes. Comme ça a été le cas à des nombreuses occasions par le passé, la manifestation s’est terminée par des heurts violents entre manifestants et policiers dans les rues de la ville. Costis Hatzidakis, un ancien ministre de la droite, a été agressé en pleine manifestation et sous le regard des caméras.

C’est comme ça que s’achève l’année 2010 qui, pour la Grèce, a marqué l’entrée du pays dans une période d’instabilité sociale et économique parmi les plus graves de son histoire récente. Ceci à la suite de la « découverte » de l’état dramatique des finances du pays par le gouvernement socialiste fraîchement élu en novembre 2009 et la signature du « mémorandum d’austérité » avec les principaux bailleurs de fonds (FMI, UE, BCE) en échange du plan de sauvetage de mai 2010.

Dans cette intervention, je tacherai de me concentrer sur les particularités du cas de la Grèce, dans le contexte de la crise économique mondiale.

Un pays en crise avant la crise de la dette

La révolte sociale de décembre 2008 après la mort du jeune Alexis sous les balles d’un policier, condamné à perpétuité depuis, a été l’une des plus graves crises qu’a vécues un pays européen depuis des décennies. Par son ampleur, son intensité et sa durée elle a largement dépassé la révolte des banlieues françaises en 2005 (Kalyvas, 2010).

Ces événements ont eu lieu, presque un an avant les élections de novembre 2009 et la révélation de l’ampleur de la dette du pays, à un moment où le discours dominant présentait la Grèce comme étant épargnée par la crise financière. Autrement dit, la Grèce était déjà un pays en crise sociale profonde avant le déclenchement de la crise de la dette et les mesures d’austérité qui l’ont suivi. Ces derniers n’ont fait qu’aggraver la situation.

Crise sociale et économique : selon des données publiées lundi 13 décembre par l’Office statistique de l’UE (Eurostat, 2010, données de 2008 et 2009), 2 Grecs sur 5 vivent sous le seuil de pauvreté, même après avoir perçu les prestations sociales de l’Etat, alors que 1 Grec sur 10 est dans l’impossibilité de subvenir à ses besoins de première nécessité.

D’après Eurostat, les personnes à la limite de la pauvreté proviennent de foyers à revenu inférieur à 60% du revenu national moyen. Plus précisément, la Grèce est le 4e pays de l’UE avec un taux élevé de personnes se trouvant à la limite de la pauvreté. La Lettonie occupe la 1ère place (25,6%), suivie par la Roumanie (23,4%), la Bulgarie (21,4%) et la Grèce (20,1%, soit 2,2 millions de citoyens).

Crise du système d’éducation

Cette année, le budget de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur sera pour la première fois inférieur à 3% du PIB. Il n’y a que Malte et la Roumanie où un pourcentage du budget inférieur est consacré à l’éducation.  Les élèves grecs se retrouvent ainsi aux dernières place parmi les pays du OCDE dans le classement PISA qui évalue les systèmes d’éducation (PISA, 2009).  Cette situation aboutit à la privatisation progressive du système d’éducation grec qui privilégie ceux qui ont les moyens d’accéder à des cours privés de qualité, au détriment de ceux qui dépendent exclusivement de l’enseignement public (Kouvelakis, 2008).

Crise de confiance aux institutions

Le personnel politique et les institutions du pays sont complètement discrédités à cause du clientélisme, du népotisme et de la corruption qui les caractérise en grande partie. La cote de confiance des partis politiques s’effondre et l’abstention augmente à chaque élection, au point de largement dépasser les 50% aux dernières élections locales. Fait notable de ces élections, le parti néonazi Hrysi Avgi a reçu 5% de votes exprimés dans la municipalité d’Athènes, avec des pics de 20% dans certains quartiers défavorisés. C’est la première fois dans l’histoire de l’après-guerre qu’un élu ouvertement néonazi siégera au conseil municipal de la ville d’Athènes.

Les extrémistes trouvent un terreau fertile auprès d’une population des quartiers populaires de la ville qui voit affluer des immigrés. Ceci en grande partie à cause l’Accord de Dublin II qui oblige les pays limitrophes de l’Europe de recevoir les demandes d’asile des immigrés entrants. D’où des reconductions massives d’immigrés vers la Grèce où ils se trouvent bloqués en attendant de pouvoir se rendre clandestinement dans le nord de l’Europe.

La politique imposée par la Troïka

La politique du triumvirat des représentants de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne, qui est désigné comme « Troïka » en Grèce, est à tout point de vue similaire à celle imposée par le FMI en Argentine à la fin des années 90 – même si la méthode est devenue moins directement coercitive. Il s’agit pour l’économie grecque de nouer avec la compétitivité par la baisse des salaires, la flexibilisation du marché de travail et le rétrécissement des services publics. En somme, procéder à une sorte de dévaluation interne. Sauf que, en l’occurrence, les prix ne suivent pas la diminution des salaires.

Sous l’impulsion notamment de l’Allemagne, l’objectif est d’éviter l’effondrement de l’économie grecque, avec les conséquences qu’une telle perspective pourrait avoir pour l’Europe, tout en évitant également ce que les économistes appellent « moral hazard » ou aléa moral si les mauvais élèves de la zone euro étaient « trop » épargnés par les plans de sauvetage. D’où également les conditions draconiennes du remboursement du prêt consenti à la Grèce.

Or, pratiquement aucun des objectifs fixés par le plan d’austérité du côté de la croissance et des recettes fiscales pour 2010 n’a été atteint. L’incapacité de l’administration de collecter l’impôt sur le revenu aboutit à l’augmentation des toutes les taxes indirectes et socialement injustes (TVA etc), aggravant du même coup les inégalités. L’affaiblissement de la demande aboutit à la dépression économique et l’accroissement du chômage.

La politique imposée par la Troïka et appliquée avec zèle par le gouvernement socialiste aggrave les tendances préexistantes et fait émerger des nouveaux phénomènes sociaux négatifs : montée de l’extrême droite, paupérisation des franges importantes des classes populaires, explosion de la toxicomanie et du trafficking, violence politique de nouvelle génération (attentats divers, manifestations violentes, pogroms contre les immigrés), émigration des jeunes, antagonisme intergénérationnel, criminalité, décadence urbaine, disparition des derniers vestiges de l’état providence et des acquis sociaux. Le sentiment de perte de souveraineté et de délégitimation démocratique des instances décisionnaires conduit aussi à un rejet de l’Europe en tant que horizon historique de la Grèce.

Dans ce contexte morose, il y a quand même des éléments positifs à relever : une certaine prise de conscience de la population face aux pratiques de corruption dominantes jusqu’à là. L’élection des candidats indépendants et progressistes à Athènes et à Salonique, contre l’extrême droite, l’église et les  « dynasties » d’élus historiques. L’émergence d’une sphère publique alternative sur l’internet et dans la rue. La multiplication des initiatives de citoyens partant de la base dans le domaine de l’écologie de l’éducation. Une vivacité culturelle exprimant l’esprit du temps…

À quand une perspective véritablement politique ?

Kalyvas A, “An Anomaly? Some Reflections on the Greek December 2008”, Constellations Volume 17, 2010 http://bit.ly/g25QIU

Eurostat, Income and living conditions in Europe , 13 décembre 2010, disponible à l’adresse : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/product_details/publication?p_product_code=KS-31-10-555

Stathis Kouvelakis, « La Grèce en révolte », Contretemps, 14 décembre 2008. http://www.contretemps.eu/interventions/stathis-kouvelakis-grece-en-revolte

OCDE, Classement PISA 2009, http://www.lemonde.fr/societe/infographie/2010/12/07/pisa-les-resultats-des-differents-pays_1450385_3224.html#ens_id=1399873

Speak your mind