#TTIP : la structure du débat autour du traité transatlantique sur Twitter

stpttipLe TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) est un accord commercial en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis prévoyant la création en 2015 d’une zone de libre-échange transatlantique souvent appelée Grand marché transatlantique (Wikipédia).

Ces négociations ont soulevé de nombreuses critiques sur le manque de transparence du processus, sur le fait de réduire le pouvoir politique des citoyens et des gouvernements démocratiquement élus au profit des entreprises et sur l’harmonisation vers le bas des normes sociales, sanitaires et environnementales existantes, notamment en Europe.

Au-delà de ces enjeux fondamentaux le TTIP, appelé aussi TAFTA (Transatlantic Free Trade Area), est un objet politique mal identifié en raison de la complexité de son contenu mais aussi à cause du peu de couverture médiatique dont il a bénéficié dans les médias traditionnels malgré son importance.

En revanche, sur l’internet le TTIP fait l’objet d’un débat de plus en plus intense depuis le début de l’année 2014 comme on peut le constater en observant le volume de requêtes avec les termes TTIP et TFTA sur Google. Le pic correspond aux élections Européennes de 2014 pendant lesquelles le sujet a été mis en avant par certains candidats, notamment ceux de la gauche radicale, des écologistes et de l’extrême droite souverainiste. TTIP_TAFTA_12months_Google_graphic
Le débat sur internet autour du TTIP a lieu en grande partie sur les réseaux socionumériques et notamment Twitter. Pour comprendre comment il se structure j’ai collecté 20.000 tweets comprenant le termes TTIP ou/et TAFTA entre le 16 et le 22 juillet 2014.

Le contexte de l’analyse

Le 15 juillet le TTIP a été débattu en plénière au Parlement européen de Strasbourg dans une séance qualifiée de houleuse. Le même jour une initiative civile européenne, Stop TTIP, a introduit sa demande pour l’arrêt des négociations. L’initiative regroupe 150 organisations originaires de 18 états membres de l’UE. Tout au long de la semaine différentes manifestations contre le TTIP se déroulent dans plusieurs villes européennes.

Il s’agit donc d’une période d’activité assez intense sur Twitter autour de ce sujet qui correspondant à ces évènements politiques comme on peut l’observer dans le graphique extrait de Topsy et qui représente le volume de tweets produits contenant les deux termes entre les 22 juin et le 22 juillet.TTIP_TAFTA_2006_2007_Topsy
A partir d’une analyse de réseaux j’ai obtenu le graphe suivant qui correspond aux échanges qui ont eu lieu sur Twitter entre les comptes qui ont utilisé les deux termes.TTIP_Whole Explication du graphe : les points correspondent aux comptes Twitter ayant écrit un message comportant TTIP ou TAFTA. Les lignes entre les points représentent les interactions entre ces comptes (RT et mentions). La topologie du graphe est le résultat de l’intensité de l’interaction entre les comptes. Le plus deux comptes sont caractérisés par une communication bidirectionnelle intense entre eux, le plus ils sont proches sur la carte. La taille des points (du plus petit au plus grand) dépend du nombre de RT et mentions reçus. La couleur dépend de la communauté à laquelle ils appartiennent. Le graphe a été fait avec Gephi en utilisant l’algorithme Open Ord. La collecte de données avec DMI Twitter Analytics. Pour de raisons de visibilté je n’ai gardé que les nœuds qui sont lié au composant géant et qui ont produit au moins cinq tweets comportant les deux mots-clés.

La première observation que l’on peut faire est le fait que la discussion se structure par pays ou, du moins, par langue. En effet, différents groupes de comptes qui échangent entre eux se dégagement nettement. Ils correspondent le plus souvent à des ensembles linguistiques ou nationaux. Parmi ceux-là les groupes les plus volumineux sont ceux qui correspondent à la Grande Bretagne, l’Allemagne et l’Espagne. On peut supposer que ceci est du au fait que dans ces trois pays la discussion autour du TTIP est une question politique nationale importante.

La deuxième observation est que les utilisateurs européens de Twitter qui participent au débat sont beaucoup plus nombreux que ceux en provenance de l’Amérique du Nord. On peut en déduire que les certains citoyens européens se sentent davantage concerné par cet accord ou qu’ils sont plus informés. Cette répartition géographique est confirmée par le graphique de la provenance des recherches sur Google ci-dessous.TTIP_TAFTA_12months_countries
La troisième observation assez étonnante est l’absence quasi-totale des médias, à l’exception notable de l’Humanité. En effet, aucun compte de média n’est cité significativement par les participants. Soit les médias traditionnels négligent ce débat, focalisés notamment sur d’autres sujets synchrones comme Gaza et l’Ukraine. Soit les internautes qui débâtent pensent que les médias ne sont pas des sources suffisamment fiables ou informés sur ce sujet.

Le même constat vaut pour les politiques et les institutions européennes. Les deux équipes de négociateurs, américaine et européenne, disposent de comptes Twitter officiels. Ils bénéficient d’un nombre important de citations mais qui reste très en déca d’autres comptes, notamment ceux des organisations militantes et des activistes.

Les seuls politiques de premier plan qui apparaissent de manière notable dans ce débat sont le Premier ministre britannique David Cameron et Marine Le Pen. En revanche sont très présentes les organisations politiques de l’écologie et de la gauche alternative qui s’opposent au TTIP. Classiquement, les opposants sont plus visibles dans ce débat politiquement clivant.

Par conséquent il semble que la question du TTIP soit porté essentiellement par des partis politiques qui sont aux marges ou en tout cas minoritaires dans leur pays respectifs comme les Ecologistas, Podemos et Partido X en Espagne, Nouvelle Donne, FdG et EELV en France, The Green Party en Grande Bretagne, Les Verts et le Parti Pirate en Allemagne. Les politiques sociodémocrates ou de droite qui sont partis prenantes au débat, à l’image du députe allemand du SPD Bernd Lange, sont très peu nombreux.

Mais le cœur du débat est constitué d’une multitude d’organisations non gouvernementales, associations, instituts, organisme de réflexion et groupements de citoyens parfois crées ad hoc pour contrer le TTIP. Parmi les plus présentes on trouve les américains de Global Trade Watch (@PCGTW) et Expose the TPP (@exposetpp), les Britanniques de Occupy London, les Allemands de Campact (@campact) et l’initiative européenne Stop TTIP (@eci_ttip).

En conclusion, comme j’ai pu le montrer au sujet des élections européennes, ce type de sujet politique transnational semble bien correspondre à l’usage de Twitter. Les débats qui y ont lieu sont structurés par des facteurs nationaux et linguistiques mais, en même temps, les échanges entre ces ensembles sont significatifs. On peut en déduire qu’il s’agit des étapes vers l’émergence d’une sphère publique transnationale de plus en plus étendue, qui correspond aux contours de l’UE pour ce qui est de l’espace européen.

Dans le même temps, comme pour le débat autour de l’austérité en Europe, les sujets les plus importants d’un point de vue sociopolitique semble être saisis par des formations politiques marginalisées dans les jeux de pouvoir que ce soit à l’échelle nationale ou celle l’UE. Il s’agit d’une inadéquation flagrante qui participe à la dynamique du boulversement politique que l’on observe actuellement dans certains pays européens.

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