Pour une socio-économie politique de l’espace public numérique

Le 14 février 2020, j’ai soutenu un mémoire pour obtenir une Habilitation à diriger des recherches en Sciences de l’information et de la Communication.

Ce mémoire est accessible ici.

J’ai conçu ce document sur la base d’un récit chronologique. J’ai opté pour une évocation d’éléments biographiques dans la mesure où, suivant Bernard Miège (2013), je pense que l’élucidation de ma trajectoire intellectuelle ne peut faire abstraction d’éléments biographiques. Cependant, je suis conscient que « l’élaboration après-coup du récit de soi impose alors sa cohérence forcée à des actions ou des émotions qui sont, dans la réalité, discontinues, contradictoires, hétérogènes et contingentes » (Le Guern, 2005, p.48). Par conséquent, je place systématiquement ces éléments biographiques dans leur contexte historique, social et politique permettant ainsi de relativiser les biais de ce récit de soi et d’éclairer en quoi les différentes périodes de ma vie ont contribué à former le chercheur que je suis aujourd’hui.

Le texte est organisé en deux parties contenant chacune trois chapitres. La première partie retrace la période qui va de mon adolescence jusqu’à la soutenance de ma thèse. Le premier chapitre tente d’expliquer mon intérêt précoce pour les médias qui a émergé à la fin des années 80 et qui s’est confirmé au début des années 90 à travers mes expériences personnelles.

Cette période a été marquée par des bouleversement politiques, techniques et économiques qui, en Europe, ont eu un impact considérable sur les industries culturelles et médiatiques. En tant qu’adolescent et jeune adulte j’ai assisté à la privatisation de l’audiovisuel en Grèce ainsi qu’à de nombreuses innovations dans le domaine des industries culturelles (l’invention du clip musical, la diffusion massive du CD etc..), ce qui a suscité mon intérêt pour la question médiatique. J’utilise donc cette période comme fil conducteur de ma réflexion dans ce chapitre afin d’éclairer à la fois le contexte et mon parcours personnel.

Le deuxième chapitre porte quant à lui sur la période qui s’étale du milieu des années 90 et mon arrivée en France jusqu’à mon inscription en thèse au sein du Groupe de Recherche sur les Enjeux de la Communication (GRESEC) en septembre 2001. Il porte sur l’expérience fondatrice de l’émigration à l’âge de dix-neuf ans et ma découverte de l’université française. J’y décrit cette période fondamentale pour la décision de poursuivre une thèse car elle m’a permis à la fois de m’ouvrir à différentes influences intellectuelles et culturelles, de découvrir les Sciences de l’information et de la communication (SIC) telles qu’elles existent en France, de commencer à m’intéresser à l’internet en tant que média d’information, ce qui allait par la suite devenir mon terrain principal de recherche.

Le troisième chapitre quant à lui porte sur la période qui couvre ma recherche doctorale, entre 2001 et fin 2005. J’y évoque les raisons qui expliquent mon choix d’objet d’étude, je décris brièvement le contenu de ma thèse et je reviens sur mon expérience de socialisation dans le monde de la recherche pendant cette période.

La deuxième partie de cette présentation réflexive retrace mon parcours d’enseignant-chercheur après la soutenance de ma thèse et l’obtention d’un poste de maître de conférence et esquisse mon positionnement dans le champ de SIC. Le quatrième chapitre est davantage thématique que chronologique puisqu’il est organisé autour d’une réflexion critique portant sur la pratique et les enjeux de la recherche sur contrat. Il rend compte de manière réflexive de mon expérience d’enseignant-chercheur au sein d’un laboratoire en SIC entre 2007 et 2019, dans une période où l’université française se trouve en pleine mutation et la recherche se structure par la logique de projet.


Le cinquième chapitre quant à lui est une tentative de définir le plus précisément possible mon positionnement épistémologique en articulant une approche théorique, celle de l’économie politique de la communication, une démarche méthodologique plurielle et un terrain d’étude spécifique, ce que j’appelle l’espace public numérique. Il s’agit d’un condensé de ce qui pourrait être mon apport original à la discipline. Enfin, le sixième chapitre est une synthèse de mes activités actuelles, structurée autour de quatre axes: l’international, l’implication institutionnelle et pédagogique, l’enseignement et l’encadrement.


Tout au long de ces chapitres je présente les travaux et les rencontres intellectuelles qui m’ont le plus marqué, je reviens sur certaines de mes recherches qui me paraissent caractéristiques de ma trajectoire et je donne mon analyse argumentée sur le contexte actuel dans lequel j’exerce le métier d’enseignant- chercheur. Evidemment, il s’agit d’un regard situé et partiel, donc subjectif, sur l’institution universitaire. Mais il s’appuie à la fois sur mon expérience d’enseignant chercheur depuis presque vingt ans mais également sur la littérature scientifique portant sur les différentes facettes de l’enseignement supérieur et de la recherche publique en France et plus généralement sur la conjoncture politique et sociale de ces vingt dernières années.


Pour ce qui concerne la conclusion, le parti pris choisi est de tenter de définir la fonction sociale de l’universitaire telle que je la conçois, plutôt que de simplement effectuer une synthèse des chapitres précédents. J’y aborde la question de l’engagement social et politique qui devrait à mon sens compléter les activités classiques d’une enseignant-chercheur et j’ouvre quelques perspectives pour l’avenir.

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