À Athènes, comme un vertige

10942740_930234053661544_4665837148005534564_nLes sondages ont dit vrai. Syriza a gagné triomphalement les élections en Grèce et la gauche radicale a pris le pouvoir pour la première fois dans l’histoire politique tourmentée du pays.

L’envergure de l’événement apparaît clairement vu le chemin parcouru. La formation d’Alexis Tsipras part de loin : de 4,6 % de suffrages en 2009 à plus de 36 % aujourd’hui. Parti représenté au Parlement par une quinzaine de députés jusqu’en juin 2012, Syriza compte aujourd’hui 149 dans ses rangs, frôlant ainsi la majorité absolue.

Il a fallu quarante ans de décadence lente du système politique et seulement cinq ans de démolition sociale et d’impasse économique pour que tout bascule.

Dans le centre d’Athènes, prés de la tribune où Alexis Tsipras débarque en vainqueur dimanche soir le peuple de gauche est là dans toute sa diversité : jeunes militants à tendance hipster les mains plein des gadgets numériques et vieux routiers de la génération de la lutte contre la junte ; classes moyennes déçues du PASOK et élite intellectuelle. Ouvriers, employés et chômeurs, électeurs récents de Syriza, parti traditionnellement portée par les couches éduquées.

A côté de nombreux journalistes étrangers – plus de 500 correspondants en tout, du jamais vu pour une élection grecque – les délégations de la gauche européenne, italienne, française, espagnole, portugaise et allemande et les Grecs de la diaspora venant parfois d’aussi loin que l’Australie. Avec eux aussi les immigrés qui expriment leur joie librement, saisissant l’occasion rare qui leur est offerte de se montrer en tant que corps politique dans l’espace public de la ville.

Ils sont tous là pour écouter Tsipras qui s’exprime un peu avant minuit, retardé par l’attente vaine de la majorité absolue. Le lieu du rassemblement est symbolique. Les Propylées, devant l’immeuble imposant de l’université d’Athènes, sont un coin foulée souvent par la gauche grecque. Des trop nombreuses manifestations restées sans réponse, sans perspective politique pendant trop longtemps y ont pris leur départ.

La joie de la foule est contenue, modeste presque face à l’importance de l’événement. Mélange de prudence, de fatigue et signe que tout le monde a conscience de la tâche gigantesque qui nous attend.

D’ailleurs, tout le monde à Athènes ne se sent pas concerné par la joie de la victoire. Un peu plus loin dans les bars fréquentés par les immigrés albanais l’indifférence prédomine, le football occupant les écrans comme tous les dimanches.

Dans les cafés des quartiers populaires, les retraités regardent la télévision avec un mélange d’incrédulité et de froideur. Pour une grande partie de la population dépolitisée le scepticisme prédomine : trop des déceptions par le passé, trop des difficultés au quotidien pour s’emballer.

Pas de liesse donc, mais un sentiment de soulagement diffus mélangé à de l’espoir timide. Comme un vertige, la conscience partagée que la page est enfin tournée. Reste à voir quelle histoire sera écrite sur celle qui s’ouvre. J’y reviendrai bientôt.

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